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Dans ce lieu qui mon propre lieu, avec la terre
dont je suis façonné et que je dois porter, pousse un vieil arbre,
un grand sycomore, merveilleux soigneur de soi.
On y a attaché des clôtures, on y a enfoncé des clous,
entailles et ciselures le marquent, la foudre l’a brûlé.
Toutes les années pendant lesquelles il a fleuri l’ont blessé.
Il porte un creux
qui est sa mort, bien que sa vie déborde, blanche,
au bord des ténèbres et se répande vers l’extérieur.
Sur toutes ses balafres s’étend le blanc sans fin
de l’écorce. Il porte les nœuds de son histoire,
cicatrisés. Il a atteint une étrange perfection
dans les déformations et les courbures de sa longue croissance.
Il a rassemblé tous les accidents en sa raison d’être.
Il est devenu l’intention et le rayonnement de son sombre destin.
C’est un fait, sublime, mystique et irréfutable.
Dans tout le pays, il n’y en a point comme lui.
Je reconnais en lui un principe, une intériorité
identique à lui-même, et plus grande encore, que je veux me gouverner.
Je vois qu’il se tient à sa place et s’en nourrit,
qu’il est lui-même nourri, qu’il est à la fois natif et créateur.
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Wendell Berry
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Traduction : Yannick Imbert
